L’économie métropolitaine en route vers son avenir

Mise à jour le 05/10/2026

Renforcer l’attractivité du territoire et attirer ici de nouvelles forces vives : telle est l’ambition de Brest métropole. Pour y parvenir, tous les acteurs de l’économie locale sont invités à se mobiliser.

- ©Mathieu Le Gall

Et si on regardait l’économie pour ce qu’elle est ? À savoir non pas une affaire de spécialistes, mais un outil pour mieux vivre sur le territoire. Avec la nouvelle édition du Forum de l’économie de Brest métropole, le 15 octobre aux Ateliers des Capucins (lire ci-dessous) , c’est cette proposition que la collectivité s’apprête à faire aux acteurs du tissu économique local, en leur proposant de mettre la main à la pâte. 
Objectif : refonder collectivement la recette brestoise et métropolitaine d’un développement économique responsable et ambitieux, propre à attirer ici toujours plus de talents, et d’atouts, créateurs de valeur pour la pointe bretonne. 

Des atouts à renforcer

Une vision collective donc, mêlant les possibles du public comme du privé, pour un meilleur avenir  en commun. Pour Frédéric Laurent, vice-président de Brest métropole en charge de l’économie, l’objectif à long terme est d’attirer ici les talents, leur donner l’envie et les moyens de rester. Et c’est bien en créant plus d’entreprises innovantes que l’on créera de l’emploi et que les gens pourront mieux vivre sur notre territoire . 
La réflexion proposée ne partira pas d’une feuille blanche, tant les atouts de la pointe bretonne sont nombreux, qu’il s’agisse de la force du secteur brestois de la Défense, de l’UBO entrée dans les meilleures universités du monde grâce notamment à la qualité de ses formations dans le domaine de l’océanographie, ou encore des fleurons de la bancassurance ancrés ici, des trésors de l’agroalimentaire et des pépites du numérique, en lien avec la French Tech Brest Bretagne Ouest.

Parole d'élu

Frédéric Laurent, vice-président de Brest métropole en charge de l’économie

" En s’appuyant sur nos forces (ville universitaire, maritime, innovante, solidaire), nous devons porter un projet collectif (public, privé, association) au service d’un développement économique responsable. Et faire de la Métropole de Brest, et plus largement du Pays de Brest, un poumon économique en Bretagne Ouest."

La mer pour ADN

Renforcer ces atouts, les amplifier, mieux les faire connaître au national feront donc logiquement partie de la feuille de route collective. Et la Métropole a d’ores et déjà des propositions à mettre sur la table. Une réflexion est en cours sur la création d’une foncière Défense, permettant à la collectivité d’accompagner l’installation de nouvelles entreprises innovantes du domaine, sur des sites qui leur seraient réservés. Le travail a d’ailleurs déjà commencé, et porté ses fruits, avec des entreprises comme EXail au technopôle (lireci-dessous) , ou l’arrivée d’Aipice (systèmes embarqués) sur le port de commerce. 

Autre chantier déjà lancé : celui du pari des transitions, avec le projet de BrestPort autour de la modernisation et l’agrandissement du polder dédié aux énergies marines. Doté d’un budget de 225 millions d’euros, ce nouveau polder ambitionne de faire de Brest un site de référence capable d’assembler de vingt à trente flotteurs d’éoliennes par an et, sur une partie des projets, d’intégrer les prochaines générations de turbines. Les premiers chantiers pourraient se concrétiser dès 2028.

Dynamiques commerciales et désenclavement

Mais si le maritime constitue l’ADN du territoire, il ne peut suffire. La Métropole entend ainsi très rapidement redonner une réelle dynamique aux commerces, dans le centre-ville, les quartiers et les communes.  Nous voulons que, dans chaque quartier et chaque commune, il y ait des centres dynamiques, avec des services et des commerces. C’est cela qui fera que les gens auront envie de s’installer et de rester , précise Frédéric Laurent. 
Pour ce faire, les outils publics seront mis au service de l’attractivité, en achetant terrains et pas de porte, pour les mettre à disposition des nouveaux commerçants, sur les sept quartiers brestois comme sur les huit communes de la Métropole.
La volonté est forte de démultiplier les possibles de la pointe bretonne, y compris en continuant à œuvrer au niveau national pour débloquer le verrou du désenclavement, et obtenir une amélioration rapide des liaisons vers la Bretagne occidentale.

Responsabilité collective

Mais le développement économique ne se fera pas à tout prix, précise encore l’élu :  Ce que nous proposons, c’est une stratégie de développement responsable. Car si nous sommes prêts à aider à l’installation d’entreprises, nous n’accueillerons pas des acteurs qui ne respectent pas des critères environnementaux sérieux, et ne font pas preuve de politiques sociales à la hauteur . 
Aux acteurs économiques locaux, désormais, de saisir la perche et de se mettre autour de la table, avec les collectivités partenaires de la Métropole (Pays de Brest et Département du Finistère et Région Bretagne) pour mettre en place les conditions de la réussite collective.

  • Un homme en blouse blanche faisant une micro soudure
    Laboratoire d'EXail - ©Franck Bétermin
  • Une femme réparant un frigo
    Chaque année, Envie collecte entre 5 500 et 6 000 tonnes d'équipements. - ©Elisabeth Jard
  • Trois personnes de face, accoudée à un garde corps
    Kristell Calvez, coprésidente du CJD Brest, aux côtés d’Olivier Lallemand, cofondateur de la Brasserie du bout du monde et de Sarah Rieu, de Vauthelin paysages - ©Brest métropole

Quatre façons de faire rayonner la Métropole

Au Technopôle, c’est une ruche sous-marine qui se cache derrière la façade d’EXail. Née en 2002 du regroupement entre ECA group et iXblue, cette entreprise spécialisée dans le positionnement et la navigation sous-marine, ainsi que dans la lutte contre les mines, est un fleuron de l’industrie maritime. Au sein de ce groupe de plus de 2 000 salariés en France, la division brestoise emploie quelque 150 personnes.

Dans un monde où les fonds marins grouillent de technologies sensibles, EXail fournit les robots qui permettent de positionner au bon endroit une éolienne flottante, d’intervenir en profondeur sur des câbles de télécoms… et de lutter contre les mines. Comme on le voit dans les airs, les drones sous-marins se multiplient. Pour de la surveillance ou de l’inspection de structures, mais aussi pour neutraliser des mines, en temps de paix , résume Stéphane Meyer, directeur de la division positionnement et navigation sous-marine chez EXail Brest.

L’entreprise qui travaille tant à l’international qu’avec des partenaires locaux (Marine nationale, Thalès, Ifremer), est en pleine croissance. Et attire toujours plus de candidats : Ici, on a tout l’environnement qu’il nous faut, avec des écoles d’ingénieurs, les bassins d’Ifremer et la rade pour nos essais . Un écosystème propre à Brest et qui permet à cette pépite de la robotique sous-marine d’être ici comme un poisson dans l’eau ! 

Comment concilier développements économique et durable ? La réponse commence à prendre forme à Brest, via la start-up HIT Mag. D’ici cinq ans, elle pourrait bien avoir révolutionné le marché européen des aimants, aujourd’hui composés de terres rares, marché très largement dominé par la Chine à ce jour. Pourquoi s’intéresser aux aimants ?  Parce qu’ils sont partout, notamment dans un monde qui s’électrifie de plus en plus… On les trouve aussi bien dans les moteurs de voitures électriques que dans les éoliennes ou encore dans les robots , pose Arnaud Trac, président de cette petite entité appelée à devenir (très) grande. 

Issue de travaux menés au Lab STICC de Brest par Antoine Hoëz, docteur en chimie et directeur R&D de la start-up, la ligne de HIT Mag repose sur la création d’aimants sans terres rares, qui permettront d’économiser jusqu’à 10 tonnes de CO₂ par tonne d’aimants produite, par rapport aux aimants conventionnels. 

Soutenue par la Région Bretagne, l’UBO et Brest métropole, l’équipe de HIT Mag, aujourd’hui composée de sept personnes, a maturé son projet de longs mois, et passera dans les prochaines semaines en phase de pré-industrialisation, depuis Brest. Les futurs aimants d’HIT Mag pourraient ainsi permettre d’apporter plus de puissance aux moteurs, tout en consommant moins d’énergie… et en permettant à la France et à l’Europe de ne plus dépendre de la Chine. Nous voulons apporter un avantage compétitif dans la production d’énergie en Europe, et constituer un vecteur d’innovation et de compétitivité , souligne Arnaud Trac. Une ambition raisonnée, pour une entreprise inédite en Europe dans le domaine, et lauréate en septembre dernier du concours français d’innovation I -Lab. 

Installée depuis 2022 à Brest, l’association Envie29 y déploie sa mission avec bonheur. Car cette entreprise nouvelle vers l’insertion et l’emploi (Envie) a choisi le réemploi des objets pour accompagner des femmes et des hommes dans leurs parcours d’insertion professionnelle. Et ça marche !

Chaque année, Envie collecte entre 5 500 et 6 000 tonnes d’équipements électriques et électroniques usagés auprès des grands magasins spécialisés du département. Objectif : redonner une vie à tout ce qui peut encore servir. Y compris les machines les plus abîmées, dont  les matières premières sont envoyées en filière de valorisation. Pour le reste, les vingt opératrices et opérateurs d’Envie se chargent de remettre machines à laver, frigos et autres sèche-linge sur les rails de leur seconde vie. Tous viennent ici via France travail ou après un chantier d’insertion, pour apprendre à rénover des équipements, tout en se formant par ailleurs, pour un futur projet professionnel , résume Frédéric Rodrigues, responsable de site de Brest. La durée moyenne d’un contrat est ici de 10 à 11 mois, avec un taux de sortie positif vers l’emploi ou la formation de 75 % en 2025 ! 

La formule du succès ? Une certitude chevillée aux process : Tout est réparable, et il n’y a pas de raison d’acheter neuf , poursuit Frédéric Rodrigues. Le magasin ouvert au public sur le site de l’atelier propose de l’électroménager de seconde main en parfait état, après être passé par les mains expertes des équipes d’Envie.  Les produits sont entre 30 et 50 % moins chers que le neuf, avec une garantie de deux ans . Et la clientèle s’y retrouve, avec une majorité qui vient ici par choix de consommation responsable. L’association collecte également, depuis le printemps dernier, les textiles usagers en déchetterie, là encore pour du réemploi, vers d’autres associations comme Un peu d’R ou Emmaüs. Tout se garde, rien ne se jette : une devise un peu vieillotte qui semble avoir de plus en plus d’avenir devant elle ! 

 

Ils et elles sont rarement mis en avant. Trop occupés à gérer leur affaire, à assurer son avenir et celui de leurs salariés. Pour autant, les dirigeantes et dirigeants d’entreprises constituent logiquement l’un des piliers de l’économie, et donc de l’emploi d’un territoire. À Brest, le centre des jeunes dirigeants compte 85 membres, réunis autour d’un même objectif : Devenir ensemble de meilleurs dirigeants , résume Kristell Calvez, coprésidente du CJD Brest, aux côtés d’Olivier Lallemand, cofondateur de la Brasserie du bout du monde et de Sarah Rieu, de Vauthelin paysages. 

Une présidence mixte, pour une gestion qui colle à son époque : Le CJD n’est pas un réseau de business. On y vient pour s’engager, connaître nos pairs, échanger, se former, et apprendre à adapter nos entreprises aux nouveaux modèles économiques et environnementaux , poursuit Kristell Calvez. C’est aussi le bon endroit pour expérimenter, se former… et apprendre à prendre soin de soi. Parce que si le dirigeant va bien, sa société aussi , complète Olivier Lallemand. Et si beaucoup s’interrogent sur la suite, ces patrons brestois savent aussi qu’ils ont un atout :  On est bousculés par les changements dans les modes de consommation, par le contexte géopolitique… mais on est sur un territoire de gens solidaires et curieux, toujours prêts à expérimenter, et à se serrer les coudes ! , conclut-il.