L'interview de Stéphane Roudaut, président de Brest métropole

Mise à jour le 11/05/2026

Stéphane Roudaut a été élu président de Brest métropole le 10 avril. Le point sur ses priorités et ses ambitions pour le territoire.

- ©Franck Betermin

Je veux une métropole de la proximité

Quelles sont vos grandes priorités pour la métropole ?

Nous devons aller vers la qualité de vie pour les quartiers et pour les bourgs des communes, avec des enjeux de performance du réseau de transports en commun, et de schéma piéton-vélo sur lequel il y a un gros travail à mener. Je veux aussi une métropole de la proximité. Pour cela, en nous donnant un peu de temps, nous allons mettre en place une nouveauté, avec des financements montants et descendants, entre communes et métropole. Je veux plus de porosité que l’ancienne ligne politique, où chacun avait ses compétences, ville ou métropole. Je vais vous donner un exemple : dans ma commune, la métropole refait une portion de route de 100 mètres. Mais moi, maire, je sais que le besoin est de 150 mètres : avec le nouveau système, les fonds communaux viennent compléter ceux de la métropole, pour finaliser l’équipement dont les habitants de la commune ont besoin

Le territoire peine aujourd’hui à loger tous ceux qui en ont besoin. Quels leviers avez-vous prévus pour apporter de l’oxygène au marché du logement ?

Dans nos priorités, il y aura l’accompagnement des personnes en situation de handicap, et celui du vieillissement de la population. Il y a d’autres besoins, pour les familles, les étudiants… mais la priorité doit aller aux plus fragiles. Pour cela, nous privilégierons la construction neuve, parce qu’il est plus facile de construire un logement adapté que de rénover un logement qui ne l’est pas. Pour le reste, il faut aller plus loin et plus fort dans la participation de l’État sur le sujet, dans les quartiers prioritaires. Je parle de Kerourien, Keredern et Kerangoff. Dans tous les cas, nous devons accélérer sur la rénovation thermique des bâtiments. Il n’est pas entendable de voir des familles qui vivent dans des logements mal isolés, et ne peuvent plus se chauffer en hiver parce que la facture dépasse le montant de leur loyer !

Nous devons aller vers la qualité de vie pour les quartiers et pour les bourgs des communes

La circulation reste difficile sur la métropole. Vous souhaitez améliorer les liaisons avec les communes. Par quel moyen ?

Il faut que nous raisonnions à l’échelle du Pays de Brest, et avec la Région. Aujourd’hui, on a trop de voitures sur la route : nous devons réfléchir à une offre de transports en commun et de covoiturage mieux adaptée et à l’échelle du bassin d’emploi. Nous devrons aussi retravailler des carrefours du territoire, afin d’y donner la priorité aux bus, ce qui permettra de garantir les horaires. Enfin, nous aurons besoin de plus de pôles d’échanges multimodaux (PEM), avec un stationnement mieux dimensionné. Aujourd’hui, les gens ne peuvent plus s’y garer, et prennent donc leur voiture pour aller au centre-ville. S’il y avait plus de places pour les voitures, avec plus de PEM, les gens prendraient plus les transports en commun. Sur ce sujet d’ailleurs, nous allons aussi mettre en place la gratuité du réseau, sur toute la métropole, chaque samedi, dans des délais raisonnables.

Pas de grand projet autour de nouvelles lignes structurantes, donc ?

Le réseau s’est bien développé, il faut le dire, avec la deuxième ligne de tramway et la ligne de Bus à haut niveau de service (BHNS). Mais, la question de prolonger les deux lignes de tramway se pose, et pour moi, il faut y aller ! De même, j’estime qu’il ne fallait pas positionner le terminus du BHNS à Lambézellec : il faut qu’il aille jusqu’à Kergaradec, pour faire le lien avec la ligne A du tramway.

On a beaucoup parlé du futur Stade avant votre élection. Quelle est aujourd’hui votre position sur la question ?

J’y suis favorable depuis toujours. Parce qu’il est déterminant pour l’attractivité du territoire. C’est par ailleurs l’outil qui fait le club : c’est Brest Arena qui fait le Brest Bretagne Handball, et l’ Arkea park fera le Stade et lui permettra de se structurer. Et puis cela coûte beaucoup moins d’argent public que la rénovation de Francis Le Blé, qui n’était pas raisonnable !

La métropole échappe encore à la montée significative du chômage. Malgré tout, dans un contexte économique général morose, comment continuer à attirer ici des forces vives ?

Nous devons nous appuyer sur nos lignes de force. C’est-à-dire : l’industrie de la Défense qui porte aujourd’hui le territoire avec des créations d’emploi dans les fleurons que sont Thalès ou Naval group et leurs sous-traitants. À l’échelle du Pays, on a aussi l’agro-agri, l’innovation sociale avec le médico-social et l’économie sociale et solidaire, la santé, et enfin le secteur de l’innovation numérique. Face à ces secteurs forts, nous disposons aussi d’un réseau d’enseignement supérieur très puissant sur de nombreux champs. Nous devons donc être à l’écoute des besoins des entreprises, les comprendre pour mieux les accompagner, dans une logique amont sur les formations, et une logique aval avec l’immobilier d’entreprises et la simplification des procédures en matière d’urbanisme.

Nous devons être à l’écoute des besoins des entreprises, les comprendre pour mieux les accompagner

L’éloignement géographique reste un caillou dans la chaussure de Brest métropole. Comment comptez-vous peser sur ce sujet ?

Ma méthode sera probablement plus démonstrative que ce qui a pu être fait par le passé. Parce que pour gagner, il faut qu’on pèse ! Je vais donc aligner toutes les fonctions métropolitaines, toutes les collectivités, tous les milieux économiques, pour que l’on pèse ensemble sur ces logiques de désenclavement. Je sais quel est mon objectif, et je sais aussi qu’il y a, pour l’atteindre, plus simple qu’une création de ligne à grande vitesse, pour laquelle il faudra encore attendre 20 ans ! Aujourd’hui en France, toutes les grandes métropoles sont directement reliées à Paris, sauf la pointe bretonne, avec Brest et Quimper. Il y a donc un problème d’équité de traitement ! Or, peu de métropoles concentrent autant de compétences stratégiques pour l’État que la nôtre, et c’est cela que je vais rappeler !

Brest compte à ce jour plus de 30 000 étudiants et est bien positionnée dans de nombreux classements internationaux. Comment conforter cette situation ?

Là encore, il y a inégalité entre Brest et les universités parisiennes et des grandes métropoles. Aujourd’hui, ces universités perçoivent entre 11 000 et 12 000 euros de dotation d’État par étudiant, et à Brest on en est à 7 000 euros ! Nous accompagnerons donc l’Université de Bretagne occidentale sur ce combat. C’est un enjeu majeur pour la qualité de vie des étudiants à Brest.

Brest métropole n’échappe pas aux effets du changement climatique. Quelles vont être vos actions pour transformer le territoire et le rendre plus résilient ?

Nous travaillons à un plan de bataille pour se préparer au risque de montée des eaux. Et notamment sur le port et le polder, mais aussi pour la station de traitement des eaux usées du port, qui présenterait des risques forts en cas de submersion. Face aux tempêtes de plus en plus fortes, il faut aussi s’assurer d’une bonne protection du patrimoine public, et enfin garder en tête que la végétation a un rôle protecteur, notamment contre les pics de chaleur. Nous allons sur ce point poursuivre le travail déjà entamé, pour une replantation massive d’espèces adaptées à notre territoire.

Enfin, vous avez enfin mis en oeuvre une nouvelle gouvernance de la métropole. Quel en est l’objectif ?

Nous avons souhaité donner une plus grande place aux communes, qu’elles soient mieux représentées au sein de la métropole. Chacune d’entre elles se voit donc attribuer une vice-présidence, ainsi qu’un poste de conseiller délégué.