Caroline Raffin : de l’art et du Fourneau
Mise à jour le 07/09/2026
Désormais ancré aux Ateliers des Capucins, le Fourneau a marqué des générations entières d’habitantes et d’habitants par sa “science” des arts de la rue. Rencontre avec Caroline Raffin, sa directrice.
Certains destins naissent sur des hasards, d’autres ne doivent rien à la coïncidence. Celui de Caroline Raffin, directrice du Fourneau, centre national des arts de la rue, appartient résolument à la deuxième catégorie. J’ai grandi à Paris mais, avec mes parents, Brest c’était nos vacances, pose celle qui, avant l’été, a été faite Chevalier des arts et des lettres. Quand on revenait, c’était le temps des Grains de folie, auxquels on assistait tout le temps.
Grains de folie
Les Grains de folie, donc. Ou l’acte fondateur des arts de la rue à Brest, et même au national. Nous sommes alors à la fin des années 80, et une équipe de bénévoles associatifs se met en tête de sortir l’art de ses théâtres trop cloisonnés, le tout avec des moyens somme toute limités. Parmi les membres de l’association : Michèle Bosseur et Claude Morizur, futurs cofondateurs du Fourneau.
La possibilité de tout
Le résultat des Grains de folie, festival qui s’arrêtera en 1995, est littéralement “extra-ordinaire” : les comédiens invitent le public à 4 heures du matin, pour une journée festive qui s’achève à minuit, et des rendez-vous qui se déroulent sur l’espace public, au Questel, à Plougastel, au Relecq-Kerhuon… Je suis gamine quand j’assiste à tout ça, se rappelle Caroline Raffin. J’ai grandi en voyant des artistes toucher toute la population, tous les publics, et pas uniquement celui qui fréquente les théâtres. L’absence de limites que permet la production d’un spectacle directement dans la rue, l’inventivité des artistes de rue, la certitude que tout est possible avec eux : c’est ça qui m’a marquée.
Mini bio
1980 : naissance à Paris 13e, d’une mère bretonne et d’un père marseillais
1990 : arrivée à Brest
2009 : rejoint l’équipe du Fourneau, avec Michèle Bosseur et Claude Morizur
2018 : devient directrice du Fourneau
La période des bagages
Arrivent les années 90. La famille Raffin pose définitivement ses bagages à Brest. Dix ans plus tard, en parallèle de ses études de Lettres, Caroline Raffin obtient des missions ponctuelles auprès du Fourneau, né sur les cendres des Grains de folie. Je me nourris, je comprends. Pourtant, les arts de la rue, je n’y vois pas de métier, donc je continue à étudier.
Diplôme en poche, la jeune femme voyage et travaille, en lien avec le réseau des Alliances françaises : Sénégal, Gambie, puis un long moment à Madagascar. À mon retour, le label Centre national des arts de la rue avait été créé par l’État. Claude et Michèle me rappellent pour me dire qu’il est désormais possible de monter des choses plus concrètes.
En 2009, Caroline Raffin devient secrétaire générale du Fourneau. La relève est en marche.
Embarquement en cours
En 2018, Michèle Bosseur et Claude Morizur passent la main. Héritière tout indiquée, Caroline Raffin reprend les commandes de l’institution, devenue, entre-temps, Centre national des arts de la rue, en défendant sa vision : Celle de trouver des esthétiques nouvelles, autour d’artistes qui pensent les arts de la rue, non plus seulement comme un spectacle monumental et visuel, mais comme un moyen d’interroger la place des citoyens dans la ville.
Désormais installé aux Ateliers des Capucins, où il emménagera officiellement en octobre, dans une infrastructure entièrement pensée pour que se développent encore mieux les arts de la rue, le Fourneau peut poursuivre son voyage sereinement. Caroline Raffin aussi.
Balises
Brest, ça a toujours été mon port d’attache, ma base arrière, comme elle l’est pour le Fourneau, d’ailleurs. Sans cette ville, qui nous a permis de défendre la culture comme un bien commun, le Fourneau ne serait sans doute pas Centre national des arts de la rue.