Le végétal, fil rouge de demain

Mise à jour le 07/09/2026

Face au changement climatique, Brest métropole se végétalise. Un travail de longue haleine, indispensable pour préserver l’avenir.

- ©Mathieu Le Gall

Les épisodes de forte chaleur, de canicules et de sécheresse des dernières semaines l’ont rappelé. Les événements climatiques de cet été ont été d’une rare violence… c’est le réveil d’un territoire qui se croyait épargné. Aujourd’hui, la réalité nous rattrape, et nous ne sommes pas prêts, a constaté, dès la deuxième canicule de l’été, fin juin, Stéphane Roudaut, président de Brest métropole et maire de Brest. Au-delà des mesures prises pour parer au plus pressé durant la crise pour protéger et équiper les plus fragiles, c’est aussi tout un territoire qui s’interroge sur sa résilience, et les moyens à disposition pour, désormais, s’adapter concrètement au changement climatique.

Et ils ne manquent pas. Car, si l’image de la cité du ponant reste souvent habillée d’un gris minéral, la réalité est tout autre : Brest métropole est constituée de 60 % d’espaces naturels, hors rade, rappelle ainsi Anne-Simone Burel, à l’Agence d’urbanisme Brest-Bretagne (Adeupa). Le territoire abrite ainsi 3 000 hectares d’espaces végétaux, partagés entre vallons, espaces naturels, parcs et jardins publics mais aussi privés.
 

La renaturation dans les priorités

Fortement touchée par la tempête Ciarán, en 2023, Brest métropole s’est dotée, dès 2024, d’un ambitieux Plan arbres (lire ci-dessous), qui permet depuis de revégétaliser les espaces urbains, et de planter plus d’arbres qu’il n’en était tombé à l’époque.
Et depuis, chaque projet est aussi regardé par le prisme du végétal. Des nouvelles lignes de tramway et de bus à haut niveau de service en passant par les entrées de ville ou les réaménagements de parcs et jardins publics, la renaturation figure au rang des priorités. C’est une nécessité face au changement climatique. La métropole sera amenée à accueillir plus d’habitants, à construire plus de logements. Mais pour conserver son attractivité, il faudra veiller à préserver les espaces de nature qui sont aujourd’hui des pépites de proximité, des espaces indispensables à la qualité de vie, estime Anne-Simone Burel.

Une attente commune

- ©Mathieu Le Gall

Une attente commune

Les habitants eux-mêmes l’ont bien compris. Une étude de l’Adeupa de 2019 pointait ainsi que 98 % des habitants interrogés étaient favorables à la nature en ville. Une inclinaison qui se traduit plus que concrètement dans les projets déposés au Budget participatif de la ville de Brest, notamment. Depuis la première édition en 2018, de nombreux projets portent ainsi sur des aménagements intégrant le végétal dans le quotidien. La saison 5 qui vient de se clôturer le confirme : sur 169 projets déposés, 46 étaient en lien avec la végétalisation, et 11 seront réalisés.
Dans les quartiers comme dans les communes, le succès grandissant des jardins partagés (lire ci-dessous) traduit aussi ce besoin de nature. Et ce tant pour leur aspect nourricier que pour le lien social qu’ils resserrent entre les habitants.

Parole d’élue

Emmanuelle Tournier, vice-présidente de Brest métropole en charge des espaces verts, de la valorisation et du développement du patrimoine végétal et arboré

Après Ciarán, qui a décimé 3 000 arbres, et avec les canicules estivales, l’importance de la végétalisation des milieux urbains n’est plus à démontrer. Nous n’avons pas besoin de parcs à une demi-heure de chez nous, mais d’îlots de fraîcheur à nos portes. Nous mettons en œuvre des solutions en ce sens. Et nous souhaitons, de plus en plus, associer les habitants à ces projets, car plus nous serons nombreux, mieux on végétalisera le territoire.

Préparer l’avenir

Qu’il s’agisse d’aménager un nouveau quartier ou de repenser un jardin public ou une cours d’école, l’arbre est désormais au centre des préoccupations. Même si la dimension végétale n’est pas toujours bien comprise, car vécue au rythme effréné de nos vies contemporaines. Un peu partout sur le territoire, des jardins, des mini-forêts, des espaces de nature sont aménagés tout au long de l’année, sans que le résultat soit frappant au premier regard, et pour cause : On pourrait bien sûr planter des arbres déjà développés. Avec le risque qu’ils ne s’acclimatent pas correctement. On privilégie donc les jeunes plants, qui vont mettre du temps à développer leurs racines… mais qui, dans 5 ou 10 ans, seront plus résilients, résume Léo Magueur, à la direction des espaces verts.
Face au changement climatique, la métropole prépare l’avenir, en mieux. Avec des arbres, des massifs et des espaces de nature au plus près des gens. Un cocktail indispensable pour lutter contre les canicules mais aussi mieux se protéger contre les fortes intempéries, et assurer ainsi un avenir plus serein et résilient aux générations futures.

  • - ©Damien Goret
  • - ©Julien Creff
  • - ©Damien Goret

Quatre façons de renaturer le quotidien

Sur le territoire de Brest métropole, un tiers des logements disposent d’un jardin privé, mais nombre de copropriétés ou d’entreprises jouissent également d’espaces verts. Afin d’associer les habitants comme les acteurs du territoire à la dynamique de revégétalisation en cours sur le territoire, la collectivité va prochainement lancer l’opération Adopte un arbre. L’ambition est simple : voir se développer de plus en plus d’espaces arborés sur Brest métropole, grâce au coup de pouce de l’opération.
Au printemps prochain, nous lancerons un appel à manifestation d’intérêt, permettant aux personnes volontaires d’adopter un arbre fourni par nos soins. Un millier d’arbres seraient ainsi remis, la première année, à des particuliers ou des entreprises qui, après une formation, pourront le planter sur leur terrain, résume Léo Magueur, aux espaces verts de la métropole.
Les espèces proposées, toutes validées par le Conservatoire botanique national et l’UBO, seront sélectionnées pour leur adaptabilité au climat local. Ces 1 000 nouveaux arbres (d’ornement ou nourriciers) confiés par la collectivité aux habitants viendront ainsi porter à 3 000 le nombre d’arbres plantés ici chaque année. Une belle manière d’associer les habitants à la renaturation du territoire, tout en prodiguant leurs bienfaits au plus grand nombre : L’arbre bénéficie à tout le monde : pour le paysage, la captation de CO2, l’absorption de la pollution…, rappelle ainsi Olivier Nimal, aux espaces verts.  

La renaturation de la métropole s’est accélérée à la défaveur de la tempête Ciarán. Début novembre 2023, en l’espace de quelques heures, les vents balaient net 1 500 arbres urbains, et tout autant dans les zones boisées de la métropole. Un an plus tard, la collectivité se dote d’un Plan arbres, qui repense la nature métropolitaine de demain. Prévu sur 5 ans, il bénéficie d’un budget annuel de 800 000 euros : Cette tempête a été le catalyseur : aujourd’hui, on plante en moyenne deux fois plus d’arbres chaque année qu’avant Ciarán, précise Paul Bonhomme à la direction des espaces verts. Et ce, dans les espaces urbains comme dans les zones boisées, afin de redonner au territoire les remparts végétaux dont il aura besoin à l’avenir, tant pour le bien-être de ses habitants au quotidien que pour tous les bienfaits, trop longtemps oubliés, de l’arbre en ville.
Le plan arbres prévoit ainsi de replanter deux arbres pour un arbre tombé en milieu urbain. Dans les grands parcs métropolitains, il s’agit, pour 1 500 arbres tombés, d’en replanter 15 000 ! Pour ce faire, la collectivité s’appuie en partie sur l’aide technique du pays de Brest, afin d’identifier les espèces les plus adaptées à réintroduire. Ce partenariat se traduira notamment cet hiver par la plantation participative de 1 500 arbres sur 1,5 hectare, au bois de Keroual
Le plan arbres permet aussi d’appuyer financièrement le réaménagement de parcs et jardins (lire plus bas). La végétalisation des entrées de ville bénéficie également de ce plan, comme peuvent le constater les usagers du port de commerce avec des espèces en écho au jardin extraordinaire des falaises, ou encore ceux du boulevard Charles-de-Gaulle au Relecq-­Kerhuon. 

Depuis 1999, les jardins partagés se multiplient sur la métropole. De toutes tailles, de tous styles, mais avec le même engouement, chaque fois. Nous en recensons aujourd’hui 35 sur la ville-centre et 13 sur les communes. Pour nous, l’idée de départ c’était de créer du lien social par le jardinage, de faire descendre les gens des immeubles, dans les quartiers… Et ça marche, se réjouit Michel Campion, de l’association Vert le jardin.
Petits ou grands, choyés par des habitants passionnés de jardinage ou simplement aimés pour les légumes qu’ils prodiguent, ils constituent des îlots de nature en ville… et des oasis appréciées lors des grosses chaleurs de l’été ! À Lambézellec, les jardinières et jardiniers de Lambé pousse (photo), niché au creux de la Cité Richepin, ne manqueraient pour rien au monde leur rendez-vous du mercredi. Entretien de parterres et bandes potagères, mais aussi récolte des fruits et légumes… Leur jardin collectif est non seulement leur trésor, mais aussi celui de tout un quartier : Les gens passent souvent nous voir, les voisins nous alertent s’ils voient que quelque chose cloche, souligne Élisabeth, l’une des jardinières. Tout autour du jardin, des arbres fruitiers ont aussi été plantés : Les enfants viennent déjà grappiller quelques framboises, et les arbres, quand ils donneront, seront à disposition de tous… car la dimension nourricière est très importante pour nous, poursuit-elle.
On sait que les gens ont besoin de la nature, et ce n’est pas près de s’arrêter. On travaille aussi sur des potagers dans les écoles, qui constitueront des îlots de fraîcheur !, pronostique encore Michel Campion.

Face aux défis du changement climatique et à la nécessité de préserver la qualité de vie, Brest métropole s’engage depuis quelques années dans une nouvelle voie, où la végétalisation ne sert plus uniquement à embellir le cadre de vie, mais aussi à l’adapter aux nouveaux enjeux. Cette volonté se concrétise par des réalisations importantes.

  • À Plouzané, le parc du Gonio (photo) a été entièrement repensé en 2024. Devenu inadapté aux usages actuels, l’ancien espace de loisirs s’est transformé en lieu de promenades et de quiétude. Une mini-forêt y a notamment vu le jour, avec près de 500 arbres et arbustes plantés très densément, afin de favoriser leur concurrence naturelle et d’accélérer leur croissance. 
  • À Brest, même s’il faudra attendre l’automne prochain pour voir les plantations prendre toute leur place, la place de la Tour d’Auvergne accueillera une végétation plus diversifiée qu’auparavant. Les essences retenues, plus aérées et à feuillage caduc, permettront d’apporter davantage de lumière en hiver, tout en offrant de grandes zones ombragées à la belle saison.
  • À cheval sur les communes de Brest, Guipavas et Le Relecq-Kerhuon, la promenade de Palaren a récemment, elle aussi, fait l’objet d’un nouvel aménagement tourné vers le végétal. Chênes, pins, myrtes et autres eucalyptus ont été plantés en surplomb de la plage du Moulin Blanc. L’objectif est de constituer, à terme, un paysage capable de s’épanouir malgré des conditions exigeantes du site, entre embruns, vents dominants et sols fortement artificialisés.

C’est quoi le barème de l’arbre ?

C’est la valorisation financière, sur la base d’un référentiel national, de la valeur d’un arbre en cas de dégradation. Ce barème, mis en œuvre sur Brest métropole depuis 2024, permet à la collectivité de présenter la note à celles ou ceux qui auraient dégradé un arbre du parc métropolitain. Les arbres font partie de notre patrimoine du quotidien. Ils bénéficient à tous d’une façon ou d’une autre : par leur présence sur notre trajet du quotidien, parce qu’ils nous apaisent. Mais aussi parce qu’ils captent du CO2, régulent les eaux de pluie ou abritent la faune locale, rappelle Olivier Nimal à la direction des espaces verts.
Un patrimoine commun donc, mais que certains peuvent parfois avoir tendance à considérer comme une variable d’ajustement… Dégradés, parfois même arrachés pour des besoins individuels, ils restaient jusqu’alors peu considérés. La mise en œuvre du barème de l’arbre permet à la collectivité de présenter la facture aux auteurs de ces incivilités. Sachant que certains arbres de l’espace public sont valorisés à plusieurs dizaines de milliers d’euros, les contrevenants comprennent vite sa valeur, et les récidives s’affichent à la baisse depuis 2024.

  • 27 000 arbres

    sur Brest métropole

  • + 18 000

    nouveaux arbres d'ici à 2029

  • 257 hectares

    de boisements et espaces naturels

  • 7 hectares

    de jardins partagés

Tramway et BHNS plantent le décor

La mise en service de la deuxième ligne de tramway et de la ligne de Bus à haut niveau de service du territoire s’est accompagnée d’une renaturation de l’espace public. Au total, le projet Mon réseau grandit a en effet intégré sept hectares d’espaces verts, et 80 % de la seule plateforme du tram est végétalisée.
Sur la ligne B, 350 arbres ont été plantés, ainsi que 7 200 arbustes et 22 000 vivaces et graminées. Sur la ligne D du Bus à haut niveau de service, ce sont 70 arbres, 2 200 arbustes et 3 600 vivaces et graminées qui ont été mis en terre.

Résilience

C’est le maître mot quand on travaille avec la nature. Et c’est notamment pour cela que la métropole fait le choix de planter de jeunes arbres plutôt que des individus déjà à maturité. Avec des arbres déjà développés, l’acclimatation n’est pas garantie. Les jeunes arbres mettent du temps à se développer, mais au bout de 10 ans, ils feront preuve de plus de résilience, parce que leurs racines se seront bien développées et qu’ils seront acclimatés. C’est un investissement pour l’avenir, souligne Léo Magueur, à la direction des espaces verts.

Exploitation raisonnée

90 % des massifs de végétaux du territoire bénéficient d’un arrosage automatique, calibré pour subvenir à leurs besoins grâce à des massifs sentinelles (servant de critère pour des massifs similaires) munis de capteurs. En été, leur consommation en eau est scrutée jour après jour, de façon à apporter l’eau dont les autres massifs ont besoin, ni plus, ni moins. Résultat : des économies d’eau allant de 23 à 94 % selon les sites, et une résilience du végétal tout au long de la saison estivale. Les massifs, ainsi irrigués selon leurs besoins, et pour la plupart de nuit afin d’éviter l’évaporation, deviennent plus résistants aux épisodes de sécheresse, et donc moins dépendants de l’arrosage.